« Coup de cœur » par Marc Tastet

Je me présente,

Je suis Marc Tastet, expert, membre de la CNES depuis des années et des années….

Je suis spécialisé dans les meubles et sièges des 18 et 19ème siècles français.

Je viens vous proposer un « coup de cœur » que nous avons découvert au cours d’un de nos stages CNES à l’étranger. Il s’agit d’un siège en bois doré, siège que nous avons croisé au musée de l’Ermitage à Saint Petersbourg.

Je n’ai pas eu à l’expertiser – ça a été fait bien avant moi et par des meilleurs – mais je m’y suis intéressé pour sa qualité extraordinaire, pour sa provenance, et enfin pour son histoire.

Ce fauteuil est l’exemple même du pur style « Rocaille » français, apparu vers 1715 et qui perdura jusque vers 1750 pour laisser la place à un style plus neo-classique dit à la grecque », plus sobre de forme mais non moins riche de décor et ornements.

Toutes les cours d’Europe copièrent ce style rocaille quitte à le transformer en « rococo » – contraction de rocaille et barocco – et quitte à lui faire perdre son authenticité.

Le siège qui nous occupe est estampillé de Nicolas-Quinibert FOLIOT.

N.Q. Foliot appartient à une importante famille de menuisiers ébénistes établis à Paris. Il fut menuisier attitré du Garde-meuble royal. Il a livré à Versailles, Trianon,  Compiègne, bon nombre de  sièges, lits, baldaquins notamment le dais de la chambre du roi.

Il est l’un des plus grands menuisiers de son temps avec Tilliard, Heurtaud, Cresson, Meunier, etc.

Ce fauteuil donc est à dossier plat ou « à la reine ». Il est abondamment sculpté de fleurs, guirlandes et coquilles dans ses traverses, montants, bras et accotoirs. Les pieds se terminent en « consoles à rouleau » (sic). Il est garni« à châssis », c’est-à-dire que son siège, son dossier ainsi que les manchettes sont amovibles ; chacun entre  dans des feuillures menuisées dans les traverses, les montants et les bras ; des pattes vissées derrière le siège retiennent le dossier pour en assurer le maintien, des goujons traversent les bras pour maintenir les manchettes. Cela permettait de changer les garnitures des sièges soit usées soit aux coloris ne correspondant plus au goût des propriétaires.

Provenance

Louise Elisabeth, fille aînée de Louis XV a été mariée, à 12 ans, en 1739 au dernier fils du roi d’Espagne, Philippe.

Ils vont vivre à Parme, duché appartenant à l’Espagne, « dans un palais vide », relate le marquis d’Argenson dans ses chroniques.

D’Argenson écrit encore que entre 1748 et 1751 Louise Elisabeth va faire plusieurs voyages à Paris et va ramener jusqu’à 34 chariots de meubles, tissus et autres bibelots dans son palais ducal.

Histoire

Ce mobilier a été dispersé. On en retrouve des traces dans l’Europe entière et surtout dans le palais présidentiel à Rome, le Quirinal.

Ce fauteuil a été acheté à Vienne à la fin du XIX ème siècle par le baron Stieglitz de Saint Petersbourg, grand collectionneur de mobilier français du 18 ème. Bon nombre de meubles et objets de sa collection, saisis par les bolcheviks, sont exposés au Palais de l’Ermitage.

On retrouve un  autre siège identique au Metropolitan de New York, garni différemment. Celui-ci a été acheté par Pierpont Morgan au décorateur, collectionneur et céramiste français Georges Hoentschel puis offert au MET de New York.

* Le tableau  de Laurent Pêcheux figurant sur le montage photo représente Maria Luisa de Bourbon, fille de Louise Elisabeth, en 1765, dans le mobilier du palais ducal à Parme.

Marc Tastet

Expert- membre de la CNES

marc.tastet@wanadoo.fr

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