Arnaud Huppé Chambon, expert en Mobilier italien, curiosités et art indien nous présente une belle sculpture d’après Antonio Canova

Sculpture en marbre représentant « La Danseuse les mains sur les hanches » d’après le modèle d’Antonio Canova (1757-1822), XIXème siècle, Italie.

Le modèle original de la danseuse a été réalisé par Antonio Canova (1757-1822) en 1812. Elle semble sur le point de descendre de son socle et de reprendre le pas complexe d’une danse du XIXe siècle. Installé à Rome en 1779, Canova réalise des œuvres de grande échelle représentant soit des réinterprétations de sujets de la mythologique classique soit des figures importantes de l’époque, parmi lesquels la famille Bonaparte. Les collectionneurs admirent sa remarquable capacité à sculpter le marbre, mais encore plus son habileté à faire revivre la sculpture grecque et romaine de l’antiquité, voire à la surpasser. La danse est l’un des thèmes préférés du maitre. Il était fasciné par les effets sculpturaux de ses figures en mouvement, qu’il retranscrivit dans ses dessins, dans ses reliefs ou ses rondes bosses. Il créa ainsi trois statues de danseuses dans des poses variées, la plus connue étant celle de l’Ermitage.

Canova est connu pour produire de multiples versions de ses sculptures préférées et La danseuse ne fait pas exception. La première (aujourd’hui conservée au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg) est réalisée pour l’impératrice Joséphine, femme de Napoléon Bonaparte, et exposée au Salon de Paris en 1812. Un critique écrit : « « La nouveauté de la pensée et de l’action dans cette figure, le charme de la vie et l’illusion du mouvement, dans la plus naïve des compositions, fit courir tout Paris comme à une sorte de représentation dramatique nouvelle. Je doute que jamais au théâtre la plus célèbre danseuse ait réuni un tel concours d’admirateurs, et reçu autant d’applaudissements. ». Il réalise une seconde version vers 1818-1822 aujourd’hui conservée au musée des beaux-arts du Canada à Ottawa.

La Danseuse était un tel sujet de prédilection que de nombreuses reproductions en ont été faites au XIXe siècle. On peut cependant attribuer notre sculpture à l’un des élèves les plus talentueux de Canova, Adomo Tadolini. Il a en effet su rendre la transparence de la robe de la danseuse et la légèreté des boucles de cheveux retenues par une couronne de fleurs, avec une habileté proche de celle de son maître.

La famille Tadolini compte parmi les dynasties de sculpteurs les plus importantes depuis le début du XIXe siècle. Quatre générations de sculpteurs sur pierre et bronze ont travaillé dans le même atelier sur la Via del Babuino à Rome pendant 150 ans. Le premier de cette dynastie était Adamo, élève et protégé de Canova. Adamo hérita ainsi de l’atelier de son maître qui devint l’atelier de toute la dynastie Tadolini, aujourd’hui préservé au sein de Musée Canova-Tadolini.

On sait que Canova donna certains de ses modèles originaux en plâtre à Tadolini avec autorisation d’en faire autant de copies qu’il voulait. Le plâtre de la Danseuse aux cymbales est ainsi conservé au Musée Canova-Tadolini. On sait par ailleurs qu’il a réalisé une copie de la Danseuse (G. Pavanello, loc. cit.), non identifiée à ce jour, et qui pourrait être la sculpture ici présente. Tadolini réalisa encore entre 1818 et 1820 une copie du fameux groupe de Psyché ranimée par le baiser de l’Amour (deux versions de Canova à l’Ermitage et au Louvre), aujourd’hui conservé à la Villa Carlotta, Tremezzina. Les reprises de Tadolini sont les plus fidèles à l’œuvre de Canova et de qualité supérieure aux autres copistes.

BIBLIOGRAPHIE :

G. Pavanello, L’opera completa del Canova, Milano, 1976.

T. F. Huschmidt, Tadolini : Adamo, Scipione, Giulio, Enrico : quattro generazioni di scultori a Roma nei secoli XIX e XX, Roma, 1996.

P. Mangia, Canova : artists and collectors, a passion for Antiquity, Rome, 2009. Museo e Gispsoteca Antonio Canova, Canova e la danza, 2012.

B. Buscaroli Fabbri, Antonio Canova : all’origine del mito : [mostra, Centro Saint-Bénin, Aosta, 13 giugno – 11 ottobre 2015], Silvana, 2015.

Publié le 03-05-2021 par Véronique Tran

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