De Gaulle crée l'Ordre de la Libération : la naissance des héros de la France libre

Une rarissime croix de l’ordre de la Libération

Au début de cette année, j’ai eu l’honneur d’expertiser une rarissime et exceptionnelle croix decompagnon de l’ordre de la Libération de fabrication anglaise par la maison Pinches avec son ruban 1 er type brodé vert à raies noires en diagonale, l’une des 263 premières fabriquées *. Celle-ci a été adjugée 19.200 € le 28 février à Blois, étude Pousse-Cornet

La création de l’Ordre de la Libération par le général de Gaulle (1940)

En 1940, alors que la France traverse l’une des plus graves crises de son histoire, le général de Gaulle fonde un ordre inédit destiné à honorer celles et ceux qui refusent la défaite et s’engagent dans la lutte pour la liberté : l’Ordre de la Libération.

Au printemps 1940, l’armée française est rapidement battue par la Wehrmacht. Le 22 juin, le gouvernement français signe l’armistice avec l’Allemagne. Dès le 18 juin, depuis Londres, le général de Gaulle lance son célèbre appel à la résistance, affirmant que la guerre est mondiale et que la France n’a pas perdu la guerre, mais seulement une bataille.

De Gaulle devient alors le chef de la France libre, un mouvement encore fragile, composé de volontaires civils et militaires, souvent isolés, sans reconnaissance officielle ni moyens importants.

Dans ce contexte, il lui faut à la fois structurer la résistance, affirmer sa légitimité et reconnaître l’engagement exceptionnel de ceux qui répondent à son appel.

La fondation de l’Ordre de la Libération

C’est dans cet esprit que, le 16 novembre 1940, le général de Gaulle crée l’Ordre de la Libération par ordonnance signée à Brazzaville, capitale de l’Afrique-Équatoriale française, premier territoire à s’être rallié à la France libre. Cet ordre a pour vocation de récompenser les personnes, les unités militaires et les collectivités qui se sont distinguées par des actes remarquables dans la libération de la France et de son empire. Contrairement à la Légion d’honneur, l’Ordre de la Libération n’est pas destiné à récompenser une carrière, mais un engagement exceptionnel, souvent au péril de la vie, dans un contexte de clandestinité, d’exil ou de combat direct.

Le Général de Boissieu
Le Général de Boissieu

Les Compagnons de la Libération

Les récipiendaires de l’ordre portent le titre de Compagnons de la Libération

Au total, l’Ordre comptera 1 059 Compagnons, parmi lesquels :

. 1 036 personnes (résistants, soldats, civils),

. 18 unités militaires,

. 5 communes (dont Paris, Nantes, Grenoble et l’île de Sein).

Ce nombre volontairement restreint traduit la volonté de de Gaulle de préserver le caractère exceptionnel de l’ordre. Les attributions cessent définitivement en 1946.

Une portée symbolique et politique

Au-delà de la reconnaissance individuelle, l’Ordre de la Libération joue un rôle politique et moral essentiel. Il contribue à forger une mémoire collective de la Résistance, à légitimer la France libre face au régime de Vichy, et à affirmer la continuité de l’État républicain incarnée par de Gaulle.

Héritage et mémoire

Aujourd’hui, l’Ordre de la Libération demeure le second ordre national français, immédiatement après la Légion d’honneur. Bien que les Compagnons aient tous disparu, leur héritage est entretenu par le Musée de l’Ordre de la Libération et par le souvenir vivant de leur engagement.

La création de la Croix de la Libération et sa distribution.

En même temps qu’il fonde l’Ordre de la Libération, le général Charles de Gaulle crée sa décoration officielle. L'insigne de l'ordre est dessiné par Tony Mella, élève aspirant à la 2e compagnie autonome de chars et dessinateur de profession.

La Croix est réalisée en bronze, un choix volontairement sobre. Ce matériau, robuste et sans ornement excessif, traduit l’esprit de simplicité, de sacrifice et de gravité qui caractérise l’engagement des Compagnons.

La décoration se présente sous la forme :

 d’un écu rectangulaire,

 frappé d’une épée verticale, symbole du combat,

 surmontée d’une croix de Lorraine noire, emblème de la France libre choisi par de Gaulle en opposition à la croix gammée nazie.

Au revers figure la devise latine :                                                                                                « Patriam servando victoriam tulit »                                                                                     (« En servant la patrie, il a remporté la victoire »)

Le ruban est vert pour évoquer l’espoir de la Patrie à 2 raies noires pour symboliser le deuil.

Une distribution rare et rigoureusement contrôlée

La Croix de la Libération n’est attribuée qu’aux membres de l’Ordre de la Libération. Sa distributionest strictement encadrée par le général de Gaulle, grand maître de l’ordre, qui conservepersonnellement le pouvoir de nomination.

Les propositions d’attribution peuvent émaner de chefs militaires ou de responsables de la Résistance,mais la décision finale appartient toujours à de Gaulle. Cette procédure garantit le caractèreexceptionnel et irréversible de la distinction.

Aucune attribution n’est faite après le 23 janvier 1946, date à laquelle de Gaulle clôt définitivement l’ordre, refusant toute extension ultérieure qui pourrait en diluer la portée. Dernier compagnon de la Libération, Hubert Germain a été nommé chancelier d'honneur de l'Ordre de la Libération le 25 novembre 2020. Il décède le 12 octobre 2021 à l'Hôtel national des Invalides à Paris.

*Comptabilité faite selon les derniers éléments apportés par les archives, 400 croix de la Libération ont été fabriquées à Londres par Pinches en 1941 dont 263 trois avec le ruban du 1er type monté d’origine avec le système d’attache anglais. Parmi celles-ci 200 à destination des troupes FFL à Brazzaville et 63 restant à Londres. On peut raisonnablement penser qu’ étant donné son état, notre exemplaire fait partie de ces dernières.

Laurent Mirouze expert

Etude Pousse-Cornet 41000 Blois

Mots-clefs : Liberation, de Gaulle, résistance